Les confinés – Le trio confiné

Les confinés – Le trio confiné

Le 05 mai 2020, nous avons fait un zoom avec mes confinés du jour. La qualité de l’image est très mauvaise, c’est très pixelisé car la qualité du portable n’était pas des meilleurs mais ce qui compte c’est l’intention. Nous voici en direct avec Aurélie, Lise & Sacha. Il fait beau et ça fait du bien ce petit temps ensemble. Car mine de rien rester sans contact extérieur c’est moralement dur.

Aujourd’hui c’est le dernier jour avant le dé-confinement. Nous sommes dimanche 10 mai 2020 et la pluie ne cesse de tomber. J’ai reçue le texte de mes 3 confinés que je vous partage ici. Chaque témoignage est important car ça relève ce que l’ont a vécu intimement pendant presque 2 mois de confinement.

Le texte de Lise qui est directrice d’école dans le Gers:

Après l’incrédulité, l’hébétement, la stupéfaction, le choc … de l’annonce de la fermeture des écoles et du confinement, est venue la panique : plus qu’un jour avant la fermeture des écoles pour un temps indéterminé. Il faut prévoir au moins trois semaines de boulot pour les loulous et penser à leur donner tout le matériel nécessaire.
Une fois confinés, l’angoisse est venue remplacer tout le reste.
L’angoisse de la maladie, pour moi, pour mes proches mais aussi une angoisse plus sournoise, d’origine indéterminée et incontrôlable.
Après ça, la fatigue : il faut être maîtresse de CM2 pour Sacha, continuer à enseigner à distance à mes 23 élèves, essayer de n’en perdre aucun en route, gérer la maison les courses, les repassans perspective de fin et en ayant l’impression de ne rien faire bien; je ne vois pas la lumière au bout du tunnel et j’ai un gros coup de mou.
Heureusement, des loupiotes viennent éclairer tout ça : des fou rires, des jeux, de la marche, des blagues et des chansons. Et des retours super positifs de la part des parents d’élèves qui me remercient de mon travail, de mon investissement, qui se rendent compte qu’être instit c’est un vrai métier! Beaucoup d’échanges avec eux, qui m’envoient les photos des cahiers, des bricolages réalisés, de leurs enfants au travail.
Finalement, une routine s’est installée et chacun a pris son rythme à la maison, dans le respect du travail et de l’espace de chacun; et bientôt on va pouvoir revoir la famille, les copines, autrement qu’à travers un écran.
Et ça, ça sera chouette.
Lise

Le texte d’Aurélie :

1er texte écrit le midi du 09/05/20

Paradoxalement le 1er sentiment que j’ai eu avec ce confinement c’est un énorme soulagement !
J’avais compris très vite que ce virus n’était pas une forme banale d’infection qui se balade. M’injectant un traitement immunosuppresseur pour contenir ma maladie inflammatoire auto-immune, je fais partie des personnes dites à risque pour qui tout est compliqué. Mais malheureusement cela s’applique aussi aux personnes qui partagent ma vie et qui doivent me protéger en se confinant au maximum eux aussi. Je pense avoir développé une crainte et une prise de conscience avant mes collègues, mes amis, et ma famille, ce décalage n’était d’ailleurs pas simple à gérer.

Il a donc fallu expliquer à Sacha qu’il ne pourrait visiter son père pendant cette période de confinement, alors qu’on ne savait pas combien de temps cela pouvait durer. Mais il nous fallait limiter au maximum les interactions avec l’extérieur. Lise s’est retrouvée à porter toutes les affaires liées à l’extérieur (aller chercher les médicaments, faire les courses …), le tout en adoptant les gestes barrières de haute voltige (masque, douche immédiate, lessive des affaires …). Et aussi supporter mes 3 premières semaines d’angoisse intenses liées au calcul d’incubation en rapport avec nos contacts de la vie d’avant, et mes injections qui modulent mon système immunitaire et qui me rend particulièrement vulnérable. Cette situation m’a fait évidemment beaucoup culpabiliser. Puis je suis passée dans une phase intense de colère. Contre tout. Enfin beaucoup contre le gouvernement et sa gestion capitaliste de cette crise. Dans le même temps que fallait-il attendre d’eux ? Ils sont cohérents avec ce qu’ils représentent.

Pour évacuer ce stress on a beaucoup joué au ping-pong, se concentrer sur une balle aide à s’évader des pensées anxiogènes. Et puis surtout se battre pour gagner tous les matchs (hi hi).
On a aussi développé le rituel du 1000 bornes quand il y a des grandes allocutions politiques pour annoncer des trucs horribles. Quand Macron a annoncé les fermetures des écoles le 12 mars, c’est un soir où nous avions décidé d’y jouer (j’avais encore gagné d’ailleurs hé hé hé), ce sont les messages de nos collègues qui nous ont alerté qu’une chose inouïe était en train de se passer en France. On a aimé ce décalage entre les annonces apocalyptiques et notre joyeux cocon toujours un peu con. On a gardé le concept, pour garder le moral.

Petit à petit l’angoisse a laissé place aussi à d’autre chose dans cette maison. De plus doux, de beaucoup plus drôle, voire frisant avec la folie, et d’une forme que je n’avais pas vu venir pour ma part de découverte de … « filiation » !? Je n’avais jamais passé autant de temps en famille à 3. J’ai vu Sacha grandir sous mes yeux, physiquement, psychiquement, et quelque chose d’encore plus fort s’est révélé entre nous. Je ne sais pas encore si je me mute en mère ou en père, ou quelque chose d’hybride serait mieux. Quand Sacha répète son violon dans le jardin, quelquefois en live sur les réseaux sociaux, j’ai parait-il la tête des parents à l’école des fans. Ça y est je semblerais être gagnée moi aussi par cette forme de, de …. Niaiserie bordel !!!!!!!

Les apéros nous ont aussi bien aidé à décompresser …

Je ne suis pas totalement rassurée par le déconfinement qui arrive, mais il faut bien passer des étapes. Lise en tant que directrice d’école est particulièrement sous tension. Mais je me dis qu’on est plus solides entre nous dans cette maison, ça pourrait nous aider à passer tout ça ensemble.
J’aime à croire que le monde extérieur semble mieux préparé qu’en mars, même s’il restera toujours des inconscients.
Une autre aventure commence, il faudra là aussi faire preuve d’adaptation.
Et continuer à rire.


En chantant par exemple les jolies colonies de vacances de Pierre Perret sur l’air de je ne suis pas parisienne de Marie-Paule Belle. Faut un sacré entraînement. Mais surtout ça peut rester dans la tête pendant des jours. Et contaminer toutes les personnes qui habitent dans la maison, un peu comme …

J’ai eu l’impression de manquer de temps. Parce que le boulot ne s’est pas du tout arrêté. Il a fallu reporter les projets, imaginer l’imprévisible puisque nous n’avons aucune visibilité sur l’avenir. Le milieu de la culture et du tourisme sont particulièrement impactés. Et dans le même temps on ressent une grosse envie chez les acteurs de se bouger, une énergie pour repartir mais pas dans le même monde qu’avant.
Donc je passe beaucoup de temps en visio, au téléphone.
Mais également je communique plus avec ma sphère privée pour prendre des nouvelles. Ma mère habite toute seule à 600 km de moi, mon frère a sa chocolaterie en difficulté, mes cousines aux 1ères loges sur le terrain, les amies qui pour certaines se sentent seules, ou inutiles, ou angoissées notamment pour des questions financières. Je passe beaucoup de temps en communication.

Et cette envie de profiter de cette heure qui nous est offerte pour aller marcher !
Je passe ma journée à travailler dans ma chambre, car nous avons tous des espaces séparés pour travailler. Mais je suis comme une lionne en cage quand ça s’arrête ! Il faut que je bouge.
Pour nous le confinement ce sont les parties de ping pong vécues comme des défouloirs, les parties de 1000 bornes pendant les grandes annonces officielles pour désacraliser justement, les apéros pour décompresser, et le rouleau compresseur de préparer 2 repas par jour pour 3, le challenge pour l’idée du menu équilibré et qui varie d’une journée à une autre !

Les 15 premiers jours du confinement j’étais assommée, je dormais d’un sommeil lourd. Et puis ça a basculé … entre 4 et 6 heures grand maximum de sommeil par nuit, pas possible de faire plus. Pour autant je ne me sens pas fatiguée. Sur le qui vive peut-être. Pas complètement tranquille c’est certain. Préoccupée par la vie professionnelle, et la gestion de ma maladie qui me place parmi les personnes fragiles …
J’ai l’impression que pendant le confinement on est dans un monde au ralenti mais qui en souterrain est hyper agité et demande beaucoup d’attentions.
Et chaque jour à attendre des nouvelles du bout du tunnel pour une vie qui va devoir changer mais on ne sait pas comment. C’est très très strange …

 

 

2 comments

  1. Quelle bonne idée ce petit reportage ! Bravo ! Il permet de mieux réaliser encore ce que nos proches ont vécus pendant cette période si particulière… Les doutes, les angoisses, la surcharge de travail, mais aussi de nouveaux liens qui se sont peut être créés, et puis, tout de même, cette notion d’espoir et d’optimisme, malgré tout!
    Les photos sont un support supplémentaire , elles alimentent le lien.
    Merci !!!

    • Merci Martine pour votre retour ! Merci tellement, car c’est un peu des mises à nus et ce n’est pas un exercice facile de se dévoiler, et vos mots nous rassurent tous ! Je vais poursuivre alors ! Il me sera plus facile de me déplacer maintenant avec le dé-confinement et je veux continuer car chaque témoignage est important et il nous fait découvrir des « vrais vies de confinés », avec leurs doutes et leurs énergies à se battre pour un monde meilleur.
      Merci encore et n’hésitez pas à partager pour que le projet s’étoffe 😉

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